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29 novembre Billetterie

CONCERT DE L’ONM LR - NOV

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CONCERT DE L’ONM LR - NOV

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www.opera-orchestre-montpellier.fr

Concert dans le cadre des Concerts en Région et décentralisés. Conscients de leur mission d’offrir la musique à ceux qui ne peuvent y accéder aisément, les musiciens de l’Orchestre national, saltimbanques dans l’âme, apprécient le rapport privilégié qu’ils entretiennent avec les publics en Région.

Partenaires

Mardi 29 novembre 2016 / 19:15 Tarifs : TU 5 € - LPV 2€

Présentation

Aude Perin-Dureau : violon
Pia Segerstam : violoncelle
Tiphaine Vigneron : hautbois et cor anglais
Christophe Sirodeau : piano


Programme
Niels Viggo Bentzon (1919-2000)
Sonate pour cor anglais et piano

Frank Bridge (1879-1941)
Trio pour violon, violoncelle et piano n° 2

Bohuslav Martinů (1890-1959)
Quatuor pour hautbois, violon, violoncelle et piano H 315

Biographie

Frank Bridge (1879-1941)
Trio pour violon, violoncelle et piano n° 2 (1928-1929)
La réputation de Frank Bridge comme professeur de son plus célèbre étudiant, Benjamin Britten, a longtemps bloqué l'appréciation de sa musique à sa juste valeur. Passées les œuvres de jeunesse comme son Phantasie Trio de 1907, vous découvrirez dans ce concert son Deuxième Trio avec piano qui jette un vigoureux regard vers le futur.
Frank Bridge étudia le violon et la composition au très renommé Royal College of Music de Londres où il fut le disciple de Stanford de 1899 à 1903. Parallèlement à la composition, il fut un altiste passionné et compétent dans plusieurs quatuors à cordes, dont le fameux English String Quartet. Il fut aussi un chef d'orchestre de talent, en remplaçant Sir Henry Wood au pupitre, et accessoirement le professeur de l'enfant terrible de la musique anglaise du 20ème siècle, Benjamin Britten. Aucun autre compositeur britannique de la première moitié du 20ème siècle n'aura accompli un tel parcours stylistique : ses œuvres de jeunesse doivent beaucoup à la tradition romantique tardive, présentant des affinités avec Gabriel Fauré ou bien avec Frederic Delius dans sa musique orchestrale. Après la Première guerre mondiale, il amorce un tournant, sa musique devenant chromatique, intense, et se rapprochant de Scriabine. Cette plus grande radicalité se poursuit dans ses œuvres de musique de chambre des années 1920 comme son Quatuor à cordes n° 3 (1926) où les liens avec les œuvres précoces de la Seconde École de Vienne se resserrent. Malgré le soutien de son avocat le plus fervent, Benjamin Britten, ses œuvres de maturité, comme son Deuxième Trio avec piano (1928-29) et son Quatrième Quatuor à cordes (1937), se heurtèrent à un accueil plutôt frais du public et de la critique. Ce n'est qu’au début des années 1970 que l'on prêta une attention nouvelle - en Grande-Bretagne - à sa musique.
Les connaisseurs de la musique de Bridge s'accordent à dire que son Deuxième trio avec piano est une des œuvres les plus abouties du compositeur. Il est dédié à Elizabeth Sprague Coolidge, grande mécène américaine de la musique qui soutint financièrement Bridge à partir du milieu des années 1920. La première eut lieu le 4 novembre 1929 et fut jouée par trois grands musiciens de cette époque : le violoniste Antonio Brosa, le violoncelliste Anthony Pini et la pianiste Harriet Cohen. Hélas, la grande majorité des critiques fut hostile à ce trio, ce qui blessa profondément le compositeur. Un rapide coup d'œil à l'article du Musical Times écrit après la deuxième exécution londonienne résume la situation : "Il paraît évident qu'il (Bridge) a fait cause commune avec les partisans de la modernité tout en plaçant son intérêt pour la technique avant le plaisir esthétique." En accord avec la musique des années de maturité de Bridge, le premier mouvement met en scène un monde hanté par des ombres, des jeux de clair-obscur. Dans le Scherzo, la musique s'accélère avec des pizzicati des cordes et le piano staccato sur une dynamique ne dépassant pas les nuances pianissimo. Seul le mouvement final apportera une vigueur presque héroïque, en rappel de l'ouverture, avec une tranquillité retrouvée et bienvenue.

Niels Viggo Bentzon (1919-2000)
Sonate pour cor anglais et piano
Encore un compositeur - également pianiste et organiste - quasiment ignoré en France...  Natif de Copenhague, Niels Viggo Bentzon a étudié de 1938 à 1942 à l'Académie royale danoise de musique de Copenhague avec Knud Jeppensen et Christian Christiansen. Il a ensuite enseigné de 1945 à 1950 à la Royal Academy of Music à Aarhus, puis à l'Académie royale danoise de 1950 jusqu'en 1988. Même si tous les numéros - notamment la dernière centaine - n'est pas utilisée, sa production pléthorique va jusqu'au numéro d'opus 664 ! On dénombre 24 symphonies, des opéras, des ballets, des concertos, des quatuors à cordes et de nombreuses pièces pour son instrument : le piano. A signaler quatorze séries de 48 préludes et fugues connus sous le nom de The Tempered Piano représentant un exemple assez unique au 20ème siècle d'une musique écrite dans les 24 tonalités majeures et mineures.
La Sonate pour cor anglais et piano du compositeur danois est donnée pour la première fois en France. Son ton élégiaque, contemplatif, presque romantique, surprend, tandis que l'ouverture se fait sur une mélopée de cor anglais avec un piano en retrait. Dans un deuxième temps, l'équilibre est rétabli entre les deux instruments : le piano commente, s'insère au milieu des longues et belles phrases, toujours cantabile, du cor anglais. Soudain, en troisième lieu, l'atmosphère se fait plus hiératique, l'air se raréfie, le temps est comme en suspension. Sans y prendre garde, une sicilienne endiablée se met en route pour ne plus nous lâcher, les éléments mélodiques étant toujours pris en charge par le cor anglais, et les éléments rythmiques par le piano. Les dernières mesures nous replongent dans la belle atmosphère élégiaque du début.

Bohuslav Martinů (1890-1959)
Quatuor pour hautbois, violon, violoncelle et piano H 315 (1947)
Je ne saurais exprimer la joie qui m'envahit quand je me mets à composer la musique de chambre, quand je me mets à conduire ces quatre voix... Le Quatuor - voici ce qui me fait sentir à l'aise, heureux dans le fond intime de mon être... Il pleut et fait sombre dehors, mais les quatre voix n'y prêtent pas attention, elles sont indépendantes, libres, font ce qu'elles veulent et forment pourtant un ensemble harmonieux, créent quelque chose, une entité nouvelle, un ensemble harmonieux - je le souligne, car c'est très précieux en ce moment et dans ce monde."
C'est ainsi que Bohuslav Martinů - né en décembre 1890 à Polička, en Bohême, et décédé en août 1959 à Liestal, en Suisse - définissait son amour pour le quatuor à cordes, paroles qui définissent parfaitement son Quatuor pour hautbois, violon, violoncelle et piano H 315. Depuis son enfance, il fut attiré par le mariage des quatre instruments à cordes formant le Quatuor puisque, dès l'âge de huit ans, il composa son premier Quatuor à cordes, œuvre d'élève sur le thème d'un poème du poète tchèque Jaroslav Vrchlickÿ (Trois chevaliers). On ne pourra s'empêcher de sourire en apprenant que toutes les voix y sont écrites en clef de sol, car le petit Bohus ne maîtrisait pas encore les clefs d'ut et de fa !
Une fois passées ses études de violon et d'orgue au Conservatoire de Prague dont il fut exclu pour "paresse incurable", suivies d'une période, de 1913 à 1923, au cours de laquelle il joua comme remplaçant dans le pupitre des seconds violons de l'Orchestre philharmonique tchèque sous la direction de Václav Talich tout en travaillant la composition auprès de Josef Suk, Martinů eut la révélation de la musique française, de Ravel à la Philharmonie, et de Debussy lors d'une représentation de Pelléas et Mélisande. Ne demandant qu'un congé sans solde à l'administration de la Philharmonie, il quitta définitivement Prague et obtint, en 1923, une bourse pour travailler avec Albert Roussel qui l'accepta comme élève privé à Paris où il découvre Stravinsky et le Groupe des Six. Martinů resta dans la capitale, s'adaptant fort bien à la vie culturelle de l'entre-deux-guerres et fréquentant les milieux du théâtre d'avant-garde et de la peinture plus volontiers que ceux de la musique, jusqu'à ce que l'avancée allemande pendant la guerre l'oblige à fuir. A partir de 1940, sa route fut celle de nombreux exilés, contraint de se réfugier dans le sud du pays, puis de rejoindre le Portugal à travers l'Espagne pour prendre un paquebot à destination des Etats-Unis. Ce projet, matériellement difficile au début, puis plus confortable à partir de 1948 où Martinů obtint une chaire de composition à l'Université de Princetown, fut rendu possible grâce à l'aide du chef d'orchestre Serge Koussevitzky et son compatriote Milos Safranek (qui l'introduisit au sein de la colonie tchèque émigrée), mais n'empêcha guère que son destin fût celui d'un exilé pendant le restant de ses jours, tandis que ses pensées restaient fidèles à sa patrie, ce que reflète d'une si belle manière sa musique.
Composé, comme son septième quatuor, à New-York, en 1947, le Quatuor pour hautbois, violon, violoncelle et piano est dédié au hautboïste américain Leopold Mannes qui en assura la création en novembre. Le triptyque redonne au hautbois son rôle de soliste, le trio piano-cordes qui l'accompagne n'ayant pour rôle que de mettre en valeur son concertino. Il exhale dans les premiers instants une lumière et une fraîcheur d'inspiration diaphanes qui dissimulent mal, notamment à partir de l'andante poco moderato, comme une fêlure, expression d'une tension émotionnelle profonde, et une mélancolie prégnante. C'est en réalité un vent glacé qui balaye le Moderato initial, des faux-semblants, hésitations brisant le climat de divertissement presque mozartien de l'Adagio central : serait-ce un cri de douleur ? Les stridences du hautbois et du violon, vers la fin, semblent l'affirmer. Le final, opposant le diatonisme limpide du piano à de violentes dissonances des autres protagonistes, de divines éclaircies au tourbillon quasi-hystérique du développement, vraie course à l'abîme, accuse les tensions d'un discours dont l'apparente séduction ne dissipe en rien le trouble fondamental, sans ôter à ce divertimento son caractère lumineux - notamment dans le Poco allegro aux accents populaires - et virtuose.
Benjamin François